Exposé sur l'hermine, symbole emblématique de la Bretagne
- P.J. Bonnet

- 19 févr.
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 20 févr.

L'hermine ( Mustela erminea ) est un petit mammifère rusé et difficile à repérer dans la nature.
Seuls ceux qui connaissent ses secrets peuvent la saisir. Seuls ceux qui savent la saisir peuvent réellement l'apprécier.
Ce volet explorateur a pour but de nous faire connaître et apprécier ce petit animal rusé qui, de par sa nature, son folklore et son symbolisme, inspire la Bretagne depuis le commencement du Moyen Âge.
Caractéristiques de l'hermine
Apparence de l'hermine:

Cousine de la belette et du furet, l'hermine appartient à la famille des mustélidés.
L'hermine a un corps, un cou et un crâne allongés, des petites oreilles rondes et de courtes pattes.
L'hermine adulte mesure entre 17 et 23 centimètres de long. Son poids peut varier entre 37 et 65 grammes. Après la belette pygmée, l'hermine est le deuxième plus petit mammifère carnivore au monde.
En été, le pelage de l'hermine est brun. En hiver, sa fourrure devient blanche, à l'exception du bout de sa queue, qui demeure noir.
Avec son corps amincit et ses petites pattes, l'hermine n'est pas chassée pour sa viande, mais plutôt pour son précieux pelage hivernal.

Habitat de l'hermine:
L'hermine est une espèce répandue dans le monde. Elle habite les régions rurales des pays de l'hémisphère nord.
L’hermine vit dans des habitats variés. Elle préfère les terres forestières et agricoles et évite les forêts de conifères denses et les terres marécageuses. ( Nous revisiterons bientôt ce petit détail pertinent. )
Alimentation de l'hermine:

L'hermine est un carnivore qui se nourrit principalement d'insectes, de petits rongeurs, de grenouilles, d’œufs et de petits oiseaux.
Avec son corps allongé et ses courtes pattes, l'hermine est habile à s'introduire dans les habitations étroites de ses proies : nid d'oiseau, creux d'un tronc d'arbre, tunnel souterrain, etc.
Lorsqu'une hermine découvre une source abondante de nourriture, elle peut tuer excessivement pour pouvoir entreposer son surplus de nourriture dans un endroit sécuritaire, comme le font les écureuils.
L'hermine peut aussi s'attaquer à de plus grands animaux comme les lapins et les poules. Elle s'attaque instinctivement au cou, à la nuque et au derrière pour affaiblir et tuer sa proie. C'est un travail de persévérance où se font valoir son énergie explosive, son agilité et sa rapidité:
Mord-mord, tire-tire-tire!
Mord-mord, tire-tire-tire!
Mort... Tire-tire-tire!
Empreintes de l'hermine:

Lorsque l'hermine court, elle bondit de ses pattes arrières.
Son long corps s'allonge lors du bond.
Lorsque ses pattes de devant touchent le sol, le corps se compresse comme un accordéon.
Les pattes de derrière prennent alors le même emplacement que les pattes d'avant pour propulser le prochain bond.
Ainsi, en regardant les traces de l'hermine, on dirait qu'elle se déplace sur deux pattes, car ses empreintes se superposent.


L'hermine: identité bretonne et folklore
La culture bretonne célèbre une longue histoire de résistance face aux invasions territoriales et politiques. Le désir de préserver son identité nationale résonne depuis le haut Moyen Âge dans ce dicton breton:
"Kentoc'h mervel eget bezan saotret"
soit
"Plutôt la mort que la souillure".

En autres mots: "Nous ne voulons pas perdre notre identité bretonne".
Quelques récits légendaires datant du Moyen Âge nous réitèrent ce message à travers l'histoire d'une brave hermine. Plusieurs variations de cette légende existent.
Je me suis alors lancé le défi d'écrire deux de ces variations, sous la forme de micro fictions de 100 mots:
L'hermine et le roi Conan Mériadec
Conan Mériadec, roi de Bretagne, sonne la corne de retraite.
L’armée ennemie à ses trousses, le roi vaincu et ses cavaliers prennent le sentier forestier de Brocéliande.
Ils s’arrêtent brièvement près d’un ruisseau boueux pour y faire boire leurs chevaux. Conan aperçoit alors une hermine blanche sortir des broussailles, un renard la pourchassant.
L’hermine s’arrête devant le ruisseau boueux. Hésitante à le traverser, au risque de salir son blanc pelage, elle se retourne vers le renard et se lance sur lui. Surpris, l’agresseur prend la fuite.
Conan rit:
— Demi-tour, Bretons! s'écria-t-il en s’élançant vers l’ennemi. Mourir plutôt que se souiller!

L'hermine et la duchesse Anne de Bretagne
Anne, jeune duchesse de Bretagne, monte à cheval et part à la chasse avec ses dogues. Sa proie, une hermine blanche, se révèle difficile à poursuivre.
L’hermine s'arrête brusquement devant un marécage boueux, hésitante à souiller sa blanche robe.
Les dogues s'élancent sur elle. Mais l’hermine se retourne et les affronte en face-à-face. Les dogues reculent en gémissant.
— Rufus! Brutus! Arrière! commande Anne en descendant de sa monture.
L’hermine, dressée fièrement sur ses deux pattes arrière, fixe Anne d’un regard serein.
L’adolescente s’approche respectueusement.
— Noble hermine. Je ne te tuerai point. Je t’adopterai.
Et l’hermine se laisse prendre.

L'hermine en armoirie médiévale

La moucheture d'hermine est un symbole noir sur fond blanc qui représente le bout noir de la queue d'une hermine avec trois points de couture au-dessus.
La fourrure d'hermine blanche est l'une des plus chères durant le Moyen Âge. Elle est réservée à la haute société où on la trouve dans les doublures des manteaux et des robes monastiques ou ecclésiastiques.
Dans plusieurs contes, l’hermine préfère mourir plutôt que de se voir souillée. Par cette pureté morale, l’hermine est souvent associée à la justice.
Ainsi, on retrouve la moucheture d'hermine sur les vêtements de la monarchie, le clergé, les académiciens et les légistes.
Symbole des ducs de Bretagne
En 1213, Pierre de Dreux, seigneur en Bretagne, incorpore à son blason familial la moucheture d'hermine. Ce symbole de pureté et d'honnêteté, comparable au lys, sera depuis adopté dans les armoiries des villes bretonnes et sur les blasons des seigneurs bretons.

L'hermine passante, illustrée portant au cou un drapeau décoré de mouchetures d'hermine, orne les armoiries de plusieurs villes en Bretagne.
Depuis 1213, les ducs et duchesses de Bretagne portent la moucheture d'hermine sur leurs blasons:
(ci-dessous, de gauche à droite) Jeanne de Penthièvre "la Boiteuse" , Charles de Blois, Jeanne de Flandre "la Flamme", Jean de Montfort.
L'ordre de l'Hermine
En 1381, la guerre de succession du duché de Bretagne continue. Les rois de France et d'Angleterre fondent de puissants ordres chevaleresques. Le duc de Bretagne Jean IV, allié à l'Angleterre et premier fils de Jean de Montfort et Jeanne de Flandre, fonde à son tour l'ordre de l'Hermine, ordre chevaleresque qui se dévoue au soutien de la cause bretonne.
L'ordre de l'Hermine est également ouvert aux femmes. Entre le XIVe et XVIe siècle, neuf femmes s'y joignent, dont des comtesses et duchesses de Bretagne.
Depuis 1972 jusqu'à aujourd'hui, l'ordre de l'Hermine, non plus un ordre militaire, mais honorifique, est un prix qui célèbre des gens qui ont contribué au rayonnement de la culture bretonne.
L'hermine et le drapeau breton moderne

Gwen ha du signifie, en langue bretonne, Blanc et noir.
En 1532, lorsque la Bretagne perd son indépendance politique par son annexion à la France, l'hermine cesse d'être utilisée dans les armoirie bretonnes. Ce symbole emblématique tombe peu à peu dans l'oubli.
Cependant, en 1923, un nouveau drapeau à la fois moderne et traditionnel est conçu pour représenter le peuple breton. La moucheture d'hermine est réutilisée pour célébrer l'identité culturelle de la Bretagne.
Sur le drapeau Gwenn ha du, on peut apercevoir neuf bandes horizontales noires et blanches : cinq bandes noires pour représenter les provinces de Haute-Bretagne et quatre bandes blanches pour représenter les provinces de Basse-Bretagne.
Dans le coin en haut à la gauche du drapeau, on peut souvent apercevoir onze mouchetures d'hermine noires sur fond blanc. Ce chiffre n'est pas fixe, et la signification précise des onze mouchetures reste énigmatique.
Avez-vous déjà vu voler ce drapeau en Bretagne? En France? Ailleurs? J'en vois même parfois ici, au Canada.
Un symbole qui a laissé sa trace

En passant par ses légendes jusqu'à l'identité de la Bretagne médiévale et moderne, l'hermine inspire.
Alors, comment s'y prend le plus petit des chasseurs pour vivre et survivre au cœur d'une forêt hostile tout en maintenant sa fourrure immaculée?
Avec beaucoup d'intégrité morale, d'énergie et de courage, bien sûr.
J'espère que ce volet bio-folklo-historique vous aura éclairci la piste et satisfait votre curiosité pour ce petit mustélidé difficile à saisir, ses secrets, ses histoires et son symbolisme dans l'Histoire.

Mais la piste continue...
Bonnes découvertes et à la prochaine,
Pierre Jacques Bonnet

LE SAVIEZ-VOUS?
Frère Bruno Desmarais, protagoniste de mon roman historique, est un Breton qui a grandi près des marais salants de Saint-Nazaire.
Est-ce que sa fierté nationale enfreindra à ses responsabilités envers l'Église?
VIDÉO:
Frère Bruno et le bouclier de la foi, tome I
Bonne lecture et bonne aventure!
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